La rentabilité rejoint l'éthique
Courante en France depuis l'Ancien Régime, la pratique du viager a permis de pallier l'absence de retraites tout au long du XIXe siècle. Encore peu usité en Suisse, le viager commence à séduire les investisseurs, surtout sous sa forme mutualisée.
La notion de viager
aurait été inventée par Charles le
Chauve en 846.
Lorsque l'on parle
de viager, on pense à
un bien immobilier,
mais pratiquement tout peut se négocier
en forme viagère: un appartement ou une
maison, mais aussi un terrain, une exploitation agricole, un commerce, un bateau,
un avion, une œuvre d'art, etc. Le mot viager viendrait du vieux français «viage» qui
signifie «temps de vie».
Le viager peut être comparé à une forme
de crédit: il y a un versement initial appelé
«bouquet» (apport personnel, dans le cas
d'un crédit immobilier) et un versement
d'annuités appelé «rentes» (mensualités).
La différence majeure avec un crédit réside
dans le fait que le nombre d'annuités est
aléatoire, car lié à la durée de vie du cédant.
Le viager occupé
Cette formule permet à une personne âgée
de conserver la jouissance de son logement en percevant une rente viagère à vie.
Le calcul du montant de la rente et de l'apport initial repose sur des estimations mathématiques définies par des barèmes ou
tables qui tiennent compte de l'espérance
de vie du vendeur et de la valeur du bien.
Dans la majorité des cas, le vendeur ne
paie pas la taxe foncière et les gros travaux
sont pris en charge par le nouveau propriétaire. La rente viagère présente aussi
des avantages fiscaux intéressants.
L'évolution du marché
Le marché potentiel est important; il suffit pour cela d'étudier les statistiques. En
France, 80% des 13 millions de retraités
sont propriétaires de leur logement, mais
les plus de 60 ans sont 70% à vivre avec
une pension inférieure ou égale à 1'200
euros par mois. L'actif de ces personnes
est donc peu liquide et le viager apparaît
comme une solution. Les retraités continuent à vivre chez eux en augmentant
leurs entrées financières mensuelles, sans
oublier le «bouquet», qui peut faire l'objet
d'une donation aux enfants. Depuis plusieurs années, les ventes en viager suivent
une courbe ascendante, puisque les allocations retraites ne suffisent que rarement à
couvrir les besoins.
Les facteurs qui dopent le marché
L'allongement de la durée de vie et la
crise économique présagent des difficultés majeures pour les régimes de retraite.
Aujourd'hui, elle est devenue le centre des
préoccupations. L'actualité en France nous
prouve que même les étudiants manifestent des inquiétudes grandissantes face à
leur avenir de futurs retraités.
De nos jours, on vit longtemps et les problèmes de santé apparaissent de plus en
plus tard. Les seniors restent dynamiques
et ne sont pas prêts à renoncer à leurs loisirs – ce qui représente un coût notable –,
sans compter qu'ils sont très attachés à leur
propriété, dont les charges d'entretien sont
souvent importantes. C'est donc tout naturellement que le viager occupé s'installe
dans les mœurs. Le développement croissant du marché du viager apparaît comme
un frein à la paupérisation des aînés: c'est
une manière de retrouver autonomie et dignité en améliorant le quotidien.
Les avantages pour l'acheteur
L'acheteur se constitue un patrimoine
immobilier en achetant des biens parfois
inaccessibles pour un petit budget, et ce,
avec un apport initial restreint. La valeur
de l'objet immobilier est évaluée au prix
du marché décoté en moyenne de 30%, du
fait qu'il est occupé. Lors de la libération
du bien, l'acheteur devient pleinement
propriétaire pour un prix global généralement inférieur à la valeur effective. La
période durant laquelle la rente sera versée est certes difficile à prévoir, les statistiques n'étant pas applicables aux unités;
cela peut représenter un risque, mais une
mutualisation du parc immobilier permet
de tomber dans la loi des grands nombres
et de vérifier les calculs théoriques.
Les atouts d'une mutualisation
Dans le cadre d'une mutualisation et selon
l'importance du parc immobilier constitué
de biens acquis en viager, les premières
années sont consacrées à la revente rapide
des biens libérés, afin d'en acheter de nouveaux. La valeur vénale récupérée (hors
revalorisation) est supérieure au montant investi, du fait de la décote subie par
le bien occupé au moment de son achat.
Avantage supplémentaire non négligeable
pour l'investisseur: ces achats immobiliers
sont décorrélés des marchés.
Plus globalement, l'acquisition en viager
est un acte solidaire, puisqu'il accroît significativement la qualité et le niveau de
vie de nos aînés. Compléter sa pension retraite en continuant à vivre chez soi est un
idéal qu'il est possible d'atteindre. L'augmentation du pouvoir d'achat des personnes âgées nourrit l'économie et réduit
les inégalités. A ce titre, l'investissement
immobilier en viager mérite d'être qualifié
d'investissement éthique.